Lavery mobilise son équipe autour de la créativité

Un partenariat entre Lavery et la Factry témoigne d’une volonté de la firme d’avocats de s’adapter aux nouvelles réalités d’affaires

Par François Perreault, journaliste indépendant

Désirant se positionner comme un partenaire d’affaires et juridique des entreprises, le cabinet d’avocats Lavery table notamment sur la créativité afin d’inciter ses troupes à aller au-delà du droit. Pour y parvenir, il a mis en place plusieurs initiatives, dont un partenariat avec l’école de créativité la Factry. L’objectif : amener chacun à remettre en question ses habitudes pour agir dans un esprit innovateur et imaginatif au bénéfice des clients.

Qui a dit que la créativité était réservée aux industries culturelles ou encore aux professionnels des communications-marketing? C’est entre autres sur elle que le cabinet Lavery a décidé de miser pour traduire sa volonté de devenir un agent de changement dans la transformation des services juridiques.

« De manière générale, les avocats sont vus comme très conservateurs et œuvrant majoritairement dans le cadre d’un environnement réglementaire, explique Jean-François Lévesque, chef de la direction client de Lavery. Or, en réalité, les bons avocats sont créatifs et à l’affût d’occasions pour proposer à leurs clients autre chose que les solutions habituelles et les formules faciles. On pense autant aux plaideurs en litige, à ceux qui doivent négocier des conventions, ainsi qu’aux avocats qui conseillent leurs clients sur une transaction ou un important financement. »

Selon lui, il est devenu nécessaire de changer les perceptions sur ce plan. « Plusieurs personnes croient que les avocats n’interviennent qu’après l’apparition d’un problème, signale-t-il. Ce que nous voulons, c’est davantage de travailler avec nos clients pour gérer les risques en amont afin de mieux les aider. » Jean-François Lévesque rappelle du même souffle que les avocats participent à des étapes comme le financement ou la croissance, et qu’ils accompagnent ainsi déjà des entreprises qui doivent répondre à des besoins d’affaires plutôt que strictement juridiques.

« La transdisciplinarité est désormais de mise, car les enjeux sont souvent vastes et complexes. D’ailleurs, quand on regarde les grandes transformations sociales, commerciales et économiques du moment – de la déréglementation de l’industrie du taxi jusqu’aux impératifs de l’économie de partage en passant par l’apparition des voitures autonomes –, toutes comportent un volet juridique qui rend incontournable la présence autour de la table de professionnels du droit dès le début des discussions. »

L’audace de changer des habitudes

Afin de contribuer à ce changement de perception face au rôle des avocats, Lavery a conclu l’an dernier un partenariat avec l’école des sciences de la créativité la Factry. Fondée à Montréal en 2016, celle-ci offre des formations aux professionnels qui souhaitent développer leurs compétences créatives comme moteur de transformation et d’évolution d’une organisation ou même d’une industrie entière.

Pour la présidente-directrice générale et cofondatrice de l’école, Marie Amiot, l’opération amorcée par Lavery vise d’abord et avant tout à procurer aux membres de son équipe une posture mentale propice à la créativité. L‘experte rappelle à ce sujet que la transformation d’une entreprise passe nécessairement par l’abandon de certains aspects, en plus de requérir du courage et un esprit de transdisciplinarité. « Notre mission, dans ce cas-ci, est de montrer aux gens comment aborder un tel virage. »

Elle-même avocate dans une carrière précédente, Marie Amiot estime qu’en plus de contribuer à enrichir la culture d’entreprise de Lavery, l’initiative du cabinet aura un impact certain sur toute la profession. « Mettre la créativité au même niveau stratégique que, par exemple, la rigueur intellectuelle placera les avocats sur la première ligne en tant qu’agents de changement dans le milieu des affaires et dans le monde du travail. »

La créativité, une tendance lourde

La spécialiste juge révolue l’époque où les chambres de commerce et les associations de gens d’affaires constituaient les seuls partenaires des entreprises. « Des chefs de file de moult industries, de la construction au domaine pharmaceutique en passant par la finance et la fonction publique, reconnaissent maintenant la créativité comme un chemin direct vers l’innovation. Et il était temps, car les plus grands leaders ont tous fait preuve de créativité.»

Diverses sources confirment d’ailleurs que la créativité s’avère désormais l’un des piliers de toute organisation. Par exemple, l’étude Capitalizing on Complexity, menée au début de la décennie par IBM auprès de 1541 chefs de la direction, a révélé que la créativité constitue pour eux la principale aptitude. De même, l’enquête Ready to Innovate du groupe Conference Board indiquait de son côté que 97 % des employeurs jugeaient l’importance de la créativité en hausse au sein de leur entreprise. Enfin, Humains recherchés, étude commandée par RBC au printemps 2018, faisait part d’une demande croissante au Canada des attributs suivants chez les employés : esprit critique, coordination, perspicacité sociale, écoute active et résolution de problèmes complexes. Ces compétences sont d’ailleurs enseignées à la Factry.

Des outils pour favoriser la créativité

La collaboration entre Lavery et la Factry est entrée dans une seconde phase en 2019, après une première année surtout consacrée à s’apprivoiser.

Un outil a notamment été déployé lors du dernier congrès de l’Ordre des conseillers en ressources humaines agréés. Un document nommé 6 ingrédients pour intégrer la créativité à votre stratégie RH a ainsi été conçu pour les participants.

Aussi, une formation en design thinking a récemment été offerte à plusieurs membres des équipes de communications-marketing, de ressources humaines et de développement professionnel du cabinet, toujours dans le but de favoriser une posture mentale tournée vers la créativité plutôt que de miser sur des recettes habituelles et traditionnelles de l’industrie des services juridiques.

Parmi les prochains scénarios envisagés, Jean-François Lévesque évoque une journée au cours de laquelle Lavery inviterait certains clients à participer à des ateliers. « Nous jouons déjà un rôle d’entremetteur avec eux, aussi bien les aider dans leur propre transformation. » Leadership créatif, techniques de brainstorm, journées consacrées à cerner un enjeu précis représentent autant de composantes au menu de la Factry.

Accroître l’attrait auprès des jeunes

Pour Jean-François Lévesque, parmi les nombreux effets positifs d’inscrire la créativité dans l’ADN du cabinet, l’attrait de Lavery auprès de la relève s’avère un des principaux. « Les jeunes avocats choisissaient traditionnellement un cabinet en fonction du prestige de ses professionnels ou de sa base de clientèle. Toutefois, les milléniaux ont manifestement aussi adopté d’autres critères. Ils recherchent un endroit pour se réaliser, où ils joueront un rôle important et seront appréciés, un espace où ils pourront évoluer professionnellement. De fait, c’est souvent une communauté d’esprit qu’ils recherchent, bien plus qu’un gros nom à ajouter à leur CV. »

 

Crédit photo: Guy Tessier 

Publié originalement dans Revue RH