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Si tu ne trouves pas ce que tu cherches, invente-le (ou l’art de se fabriquer une porte)

J’étais assis par terre au cœur d’une base de lit IKEA, une clé Allen dans une main et je venais de me rendre compte qu’il me manque un outil pour compléter l’assemblage. C’est à ce moment que j’ai senti une vibration dans ma poche. Pour détourner mon attention du décourageant meuble, j’ai regardé mon téléphone. J’avais reçu un courriel de la Factry. Décharge euphorisante d’énergie dans tout mon corps: j’allais faire partie de la première cohorte du programme Pause.

Par Alexis Curodeau-Codère, finissant de la première cohorte de Pause

Comme une banane trop mûre

Je ne comprenais pas vraiment ce qu’enseignait la Factry. Ça me semblait vague, étrange et j’avais peur que ne soit que du vent. Qu’est-ce que c’est que ça, la science de la créativité? Un nouvel outil marketing? J’étais sceptique. Mais, j’aimais le pari. J’aimais l’idée de mettre sur pause mes études pour aller dans une bulle de six mois pour faire un truc parfaitement décalé et étrange. Sauter dans l’inconnu.

Je finissais alors un baccalauréat en philosophie à l’UQAM et la suite me terrifiait. J’étais désillusionné du monde universitaire et j’avais besoin que mes idées dépassent le cadre aliénant de la dissertation académique. Je voulais avoir un impact sur le monde. Mais comment l’atteindre ce monde alors que je n’avais qu’un presque-bac, quelques expériences d’emplois étudiants ou de bénévolat?

J’imaginais une série de portes qu’une sélection de diplômes permettait d’ouvrir et j’étais découragé parce que non seulement mes diplômes n’ouvraient pas beaucoup de portes, mais il me semblait qu’il y avait si peu de portes intéressantes. Quel pauvre endroit que le marché du travail, me disais-je. Des couloirs gris et des chemins tout tracés. Je m’imaginais m’asseoir dans un panier à fruits et attendre en regardant les acheteurs jeter un regard dédaigneux sur ma valeur qui se résumait à mes maigres diplômes. Comme si j’étais une banane déjà brune à peine sortie du conteneur.

Ou comme une balle de tennis

Moi et 23 autres jeunes esprits curieux, ambitieux et bigarrés, avons fait des ateliers de psychologie, de visualisation de données, d’introspection et nous avons expérimenté le design thinking. Nous avons débattu, bien mangé, beaucoup ri et avons pleuré avec un professeur d’art clownesque. Nous avons réfléchi, dansé et exploré les principes du leadership créatif. Nous avons fait des tours en spaghetti, apprivoisé les big datas et avons mis tout ça en application concrète en proposant des projets pour le Bureau d’intégration des nouveaux arrivants de Montréal (BINAM). Tout ça et tellement plus, à temps plein pendant 14 semaines. Nous avons appris à être versatiles et créatifs, féroces et bienveillants.

Alexis Curodeau-Codère en pleine action

Comme ces machines qui mitraillent des balles de tennis à toute vitesse vers un joueur. Ici, je suis à la fois la balle et le joueur de tennis. Traverser Pause c’est se faire envoyer pleins de fois au visage ce que nous sommes vraiment et ce que les autres voient de nous, sous la forme de balles jaunes, à toute vitesse, jusqu’à ce qu’on arrive à taper la balle coup sur coup, toujours plus loin avec toujours plus d’assurance.

Un accélérateur

J’ai découvert que les diplômes ne sont pas les seules clés et que la plupart du temps les portes ne sont verrouillées que parce que je pense qu’elles le sont. J’ai appris que je pouvais bâtir mes propres portes, des grandes et des petites et même des fenêtres, pourquoi pas. Il n’est pas nécessaire de suivre un itinéraire ardu et tout tracé vers ses ambitions. Il y a tant de chemins qui attendent d’être créés. J’ai découvert que si mes idées sont assez bonnes, un employeur pourrait très bien créer une porte juste pour moi. C’est exactement ce qui s’est passé pour mon stage au Musée McCord.

Démystifier le marché du travail.

Je suis entré en contact avec Suzanne Sauvage, la présidente du Musée, à travers l’équipe de la Factry. Je n’avais pas d’expérience en muséologie, ni en histoire ou en archivage. En revanche, j’aime faire de la recherche, analyser, inventer et écrire.

Un chaud matin d’été, j’ai reçu un appel de Stéphanie Poisson, chargée de projet Web et multimédia au Musée McCord. Elle me raconte que mon profil a ravivé en elle une idée; celle d’avoir un journaliste en résidence au musée pour créer du contenu original, différent et de documenter la vie du McCord.  « Parle aux gens, explore le musée et les archives et écris là-dessus. »

M’inventer une porte

Depuis, j’ai passé de nombreuses heures à parler à toutes sortes d’êtres humains. Des restauratrices, des conservateurs, des chargés de projets, des médiateurs, des archivistes, des photographes. C’est toujours avec le sourire dans les yeux – et derrière mon masque- que j’ai absorbés et appris.

Je découvre une par une chaque spécialisation en même temps que je commence à comprendre l’élégance et la complexité de l’écosystème d’une entreprise. J’ai beau ne pas connaître – pour l’instant – grand-chose à l’univers muséal, la tête pleine d’idée j’explore, j’apprends et j’essaie de créer des articles aussi intéressants qu’uniques.

Je suis devenu le journaliste du McCord, ou ce stagiaire dont j’ai entendu parler. Je me suis creusé une place. Une chose que jamais je n’aurais osé faire avant Pause.

C’est à la fois terrifiant et exaltant de s’inventer une voie, d’avancer à l’aveugle en dehors des fameux chemins asphaltés où tout le monde passe. Il faut avoir le courage d’avancer dans le noir à toute vitesse. Quand on comprend que les moyens d’atteindre ses objectifs sont infinis, il faut seulement trouver la détermination de se mettre en mouvement et d’inventer quelque chose de complètement nouveau, taillé à notre mesure.

 

 

Crédit photo: Myriam Baril-Tessier